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Portée par des groupes féministes, l'écriture inclusive suscite de vifs débats depuis quelques semaines. (photo: AFP)

12 novembre 2017 10:39

Débat de société

L'écriture inclusive commence à faire débat

Le monde francophone s'agite depuis quelques temps sur l'écriture inclusive, qui vise à réduire les inégalités entre hommes et femmes.

«Les lecteur.rice.s dévorent des romans et des nouvelles passionnantes». Les 275 millions de francophones dans le monde devront-ils s'habituer à ce type de phrase en forme de morse égalitaire? La querelle en tout cas agite le monde francophone. Certains groupes féministes veulent voir se développer l'écriture inclusive. Si la féminisation des noms de métiers s'est au fil des ans répandue, le débat a changé de dimension avec l'affaire de l'écriture inclusive, qui a éclaté en septembre quand un manuel scolaire d'école primaire a été rédigé en écriture inclusive. Ce type d'écriture consiste à inclure le féminin, entrecoupé de point-médians, dans les noms. Les noms de métiers s'écrivent dès lors: agriculteur⋅rice⋅s, artisan⋅e⋅s, commerçant⋅e⋅s.

C'est une «agression de la syntaxe par l'égalitarisme», s'étrangle le philosophe Raphaël Enthoven, qui dénonce un «lavage du cerveau» digne du roman «1984» de George Orwell. «Terrorisme intellectuel», ajoute l'écrivaine et féministe Peggy Sastre dans les colonnes du Point. Quant à la vénérable Académie française, elle considère «cette aberration» aux «confins de l'illisibilité» comme un «péril mortel» pour la langue française. L'institution créée par Richelieu en 1635 agite même la menace d'une fin de la francophonie au profit d'autres idiomes.

Acceptation de la féminisation des noms

Chez les «défenseur⋅e⋅s» de l'écriture inclusive, on aime affirmer que la langue a été délibérément masculinisée il y a plusieurs siècles, en citant un passage de la Grammaire générale de Beauzée (1767) stipulant que «le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle». Dans une tribune publiée mercredi, 314 professeurs des écoles, collèges et lycées ouvrent un nouveau front et déclarent «avoir cessé ou s'apprêter à cesser d'enseigner» la règle de grammaire qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin. Ils souhaitent par exemple que l'adjectif s'accorde en genre avec le nom commun le plus proche: on n'écrirait donc plus «les chats et les biches sont mignons» mais «mignonnes».

Certains s'émeuvent de ces tentatives de forcer l'évolution du français alors que le niveau des élèves en orthographe et en maîtrise de la lecture ne cesse de chuter. Pour Raphaël Haddad, dirigeant de Mots-Clés, une agence de communication, ces débats ont l'avantage de faire accepter la féminisation des noms de métiers: «Il y a dix ans, la critique était sur ambassadrice, préfète... la révolution est en cours». Les détracteurs de l'écriture inclusive, comme Raphaël Enthoven, objectent que tout langage évolue dans le temps par l'usage et reprochent aux champions du «point-médian» leur approche volontariste voulant imposer une décision verticale et autoritaire à la majorité.

(L'essentiel/AFP)

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