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Catherine Verdier est l'invitée de Jean-Luc Bertrand tout au long de cette semaine.

15 février 2021 11:38

Catherine Verdier

«La lecture, un rare moyen de nous évader»

LUXEMBOURG - Psychologue-thérapeute-analyste pour enfants et adolescents, Catherine Verdier le confirme: «les vies amoureuses sont désastreuses aujourd’hui».

Pyschologue, thérapiste, analyste pour enfants et adolescents, Catherine Verdier a répondu aux questions de Jean-Luc Bertrand tout au long de la semaine sur L’essentiel Radio. «Dans le contexte actuel lié au Covid-19, on est précieux pour nos séniors et inversement», rappelle-t-elle sur nos ondes. «Ils ont besoin de nous entendre, de nous voir et de nous écouter, si on ne peut pas se voir. Oui, ils besoin de notre présence».

Et nos animaux de compagnie? «Je ne suis pas thérapeute pour animaux, mais je peux vous indiquer qu’ils nous font beaucoup de bien», reconnaît Catherine Verdier. «Ils sont un peu plus proches de nous et nous sommes un peu plus proches d’eux. On a passé du temps avec eux lors des trois mois de confinement et cela permet aussi de les voir de façon non stressée, calme et détendue. Pendant une période, c’est vrai, on s’est demandé qui baladait l’autre».

«J’ai un nouveau livre qui sort au mois d’avril 2021», ajoute notre invitée. «C’est un concept un peu novateur qui s’appelle l’écologie scolaire. L’idée, c’est d’avoir des petits gestes pour sauver cette ambiance et ce climat scolaire qui est délétère en ce moment. En cette période où on ne peut pas voyager, la lecture peut nous permettre de nous évader, c’est évident. Je ne peux que conseiller la lecture pour partir à l’aventure». «Le confinement, ça m’a permis de me poser», reconnaît Catherine Verdier. «De me reposer et de mettre mes idées à plat. Et puis de repartir d’un bon pied au mois de mai 2020.

Mais comment va-t-on sortir psychologiquement du confinement? Et dans quel état va-t-on se retrouver quand toute la crise du Covid-19 sera derrière nous? Catherine Verdier, psychologue-thérapeute-analyste pour enfants et adolescents, a tenté de nous aider à y voir plus clair sur les ondes de L’essentiel Radio.

Réécoutez la séquence du vendredi 19 février 2021

Catherine Verdier en quelques questions

Un mot pour me définir? J’en ai plusieurs. Combativité, surtout en ce moment. À la sortie du confinement, j’ai été prise d’une impatience épouvantable. Combativité, ça ne veut pas dire agressivité. C’est se battre pour quelque chose de manière ordonnée en construisant des choses et des outils. Le deuxième mot que j’aurais tendance à citer, c’est le mot construction, mais pour tout ça, il faut une certaine énergie, et c’est le 3e mot que je choisis.

La chose que j’aime le moins dans la nature humaine? La violence

Le luxe suprême? Avoir du temps et, surtout en ce moment, avoir de l’espace.

L’objet dont je ne peux pas me séparer? Mon ordinateur.

Bluffée par quelle personnalité? Je vois beaucoup de gens avec des noms connus, mais ce ne sont pas ceux-là qui me touchent le plus. Certains patients sont dans des situations un peu compliquées, à commencer par les enfants qui sont malades, bien sûr et qui se battent comme des fous. Et puis j’avoue qu’en ce moment, les étudiants, ça m’émeut énormément. Je ne sais vraiment pas ce que j’aurais fait dans leur situation actuelle lorsque j’avais 18 ans, mais je suis profondément triste pour eux.

Réécoutez la séquence du jeudi 18 février 2021

«La toile (Internet) ne remplace pas le réel au niveau des amitiés», confirme notre invitée. «C’est juste une forme de compensation, mais c’est sûr que les déceptions, les vies amoureuses sont désastreuses aujourd’hui. C’est très difficile de faire des rencontres et puis de se découvrir. Socialement, c’est une période extrêmement compliquée. On parle des jeunes, mais c’est très compliqué également pour les adultes et les personnes âgées. C’est vraiment dur. On s’étiole complètement et puis, on est tiré vers le bas. Normalement, ça ne devrait pas durer. On va rester optimiste et positif. On va croire en la science et aux vaccins».

«Depuis le début du confinement, je vois vraiment des gens qui ne sont pas bien», reconnaît Catherine Verdier. «Il y a beaucoup de demandes, c’est vrai, mais il y a des gens qui vont très mal. Je suis même inquiète pour certains d'entre eux. Tous sexes confondus. Ce qu’il nous manque le plus? Pour les jeunes, ce sont les liens sociaux. Il y a également des couples qui se déchirent avec une violence et une électricité assez grandes. Et puis, pour les mamans qui gèrent les semaines avant les vacances, il y a une charge mentale importante. Pour gérer les devoirs et les activités avec les petits quand il n’y a pas de crèche ou pas d’école. Elles doivent aussi gérer le boulot et la maison. Il y a beaucoup de choses qui sont lourdes et compliquées. Le problème, c’est que tout se poursuit dans le temps. Chez tout le monde, il y a un manque d’énergie et de motivation»

Réécoutez la séquence du mercredi 17 février 2021

Il y a bientôt un an, Catherine Verdier était venue nous parler du harcèlement scolaire au Grand-Duché. Où en est-on en février 2021? «Peu de choses sont mises en place», regrette-t-elle. «Il n’y a rien et encore moins que rien. C’est même encore pire avec les confinements successifs. En 2020, en France, il y a eu 57% de cyber-harcèlements en plus, selon l’association e-enfance. C’est énorme et vous pensez que le cyber-harcèlement a des frontières? Je ne sais pas ce que l’on attend, mais c’est le grand oublié de cette année».

Derrière quoi aujourd'hui, un adolescent peut-il se réfugier? «Il ne faut pas voir trop loin, il faut avoir de "petits objectifs", indique notre invitée. «Il faut vraiment les soutenir en les aidant, mais je dois vous avouer que, pour le moment, j’ai du mal à me projeter, car je suis entièrement concentrée sur ce que je fais et sur mon boulot. Rêver aujourd'hui? Très franchement, on s’éteint à petit feu. La créativité permet de rêver, mais quand on est proche du burn-out, on ne crée rien. Certains vont faire du sport, d’autres vont s’évader avec les jeux vidéo, mais créer, construire, c’est très difficile quand on n’est pas bien»

Catherine Verdier en quelques questions

Mon premier job? Surveillante dans une cour de récréation dans une école maternelle.

Avec mon premier salaire? J’ai acheté un appareil-photo.

Un souvenir de mes 18 ans? Le possible. Tout est possible. Tout est faisable, tout est réalisable. J’étais bon élève, donc je pouvais faire ce que je voulais. Je n’avais pas de pression, j’étais dans la recherche de la voie et de la porte à ouvrir.

Quelle couleur dans une boîte de crayons? Le mauve, parce que j’aime cette couleur. C’est une couleur de sérénité et de calme. D'apaisement.

Réécoutez la séquence du mardi 16 février 2021

Psychologue-thérapeute-analyste pour enfants et adolescents, Catherine Verdier a fait le point avec nous sur les effets du confinement. «Les séquelles vont se faire sentir à long terme», nous a-t-elle confié au micro de L’essentiel Radio. «J’espère que cela ne sera pas trop grave, mais ça va dépendre de la durée de tout ça. Quand et comment va-t-on en sortir? Il restera des traces».

Que peut-on conseiller à celles et ceux qui ont eu 20 ans en 2020? «Il faut arrêter de dire que c’est une génération sacrifiée», a indiqué Catherine Verdier, à Jean-Luc Bertrand. «Car ils vont finir par le penser. On ne peut pas leur dire que tout va bien, mais c’est une parenthèse dans la vie. Elle est mauvaise pour le moment et il faut essayer de rester concentré sur ses études. C’est la seule chose à faire pour chacun: restons concentrés sur ce que l’on a à faire. Il ne faut pas tergiverser, ni se projeter dans l’avenir».

La famille, une valeur refuge?

Mais comment les enfants vivent-ils la crise actuelle? «Les plus jeunes ont très très vite pris les habitudes, c’est incroyable», reconnaît notre invitée. «Quand ils arrivent en consultation, ils se mettent au garde-à-vous pour la prise de température. Ils mettent les petits chaussons, le masque est déjà mis. Ils se lavent les mains, ils ont leurs habitudes. C’est devenu la routine sanitaire, mais il y a d’autres symptômes qui apparaissent derrière, et en particulier, une déconcentration extrême des enfants qui sont un peu agités et qui ont du mal à rester concentrés. Et pour les plus âgés, il y a parfois des problèmes d’addiction aux écrans».

Le virtuel peut-il donc remplacer les vrais contacts? «Non», reconnaît Catherine Verdier, «mais c’est mieux que rien, donc les contacts se poursuivent par les réseaux sociaux ou derrière son écran, mais ça ne remplacera pas le présentiel. La famille n’est pas forcément une valeur refuge. Cela dépend vraiment des familles. Le confinement en famille, ce n’est pas toujours simple, ni pour les parents, ni pour les adolescents».

Réécoutez la séquence du lundi 15 février 2021

La playlist de Catherine Verdier

«Chacun Fait (C’Qui Lui plaît» du groupe Chagrin d’Amour est le premier titre de la playlist de Catherine Verdier. «Ce n’est pas de la provocation par rapport au contexte actuel», dit-elle, «c’est juste une des premières chansons que j’ai pu chanter avec mon mari à fond dans les bars, quand ils existaient à l’époque».

La bande-annonce du film «Le Grand Bleu», d'Eric Serra est le deuxième titre à intégrer la playlist de Catherine Verdier. «Le bleu, c’est pour rêver, et c’est plus la couleur des vacances», souligne-t-elle. «Dans ma tête, c’est la plongée».

James Blunt et son titre «You’re Beautiful» font également partie de la playlist de Catherine Verdier. «C’est mon artiste préféré et c’est le dernier concert que j’ai vu, il y a quasiment un an, jour pour jour», se souvient-elle. «Cela me manque énormément».

Le groupe suédois Abba et son titre «Mamma Mia», «c’est une chanson qui me met de bonne humeur», souligne Catherine Verdier. «Elle fait du bien, c’est pour ça que je l’ai choisie. C’est le souvenir, aussi, d’un séjour à Stockholm avec mes deux enfants et mon mari. Ma fille avait des béquilles et on avait été voir le musée d’Abba».

Avec son titre «Monsters», James Blunt, encore une fois, a clôturé la semaine au niveau musical. «J’aime les artistes qui ont un côté triste, cela doit être mon côté sombre», conclut Catherine Verdier.

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

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