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Jean-Claude Juncker dans les bureaux de «L'essentiel» en compagnie d'Emmanuel Fleig, directeur de «L'essentiel», à droite, et de Saïd Kerrou, rédacteur en chef, à gauche.

22 février 2021 07:00

Jean-Claude Juncker

«J'ai passé trop de temps en politique»

LUXEMBOURG – Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre et président de la Commission européenne, s’est confié à «L’essentiel» sans langue de bois.

En tournée dans tous les médias du Luxembourg, Jean-Claude Juncker s’est livré au micro de L’essentiel Radio. Président de la Commission européenne de 2014 à 2019, envisage-t-il désormais un retour sur la scène politique nationale? «La jeune génération me pose souvent la question et c’est très gentil», se félicite celui qui a été Premier ministre, de 1995 à 2013.

«J’ai donné presque tout mon lait et je ne saurais plus revenir en politique, parce que j’y ai passé beaucoup de temps et parfois, j’ai pensé y avoir passé trop de temps. Je m’intéresse toujours à la politique, la rage et l’enthousiasme me submergent de temps à autre, mais je la ferme. Il y a ceux qui me demandent avis et conseils, «privatissimo». Je leur prodigue les conseils que je peux leur donner, mais je ne donne pas d’avis et de conseils non sollicités».

«Face à la crise, notre gouvernement essaie de bien faire»

Le parti de Jean-Claude Juncker, le CSV, réussira-t-il à revenir aux affaires sans son chef de fil «historique»? «On a toujours critiqué mon parti», concède-t-il, «en disant que c’est un parti qui n’existe qu’à travers et par Juncker. Ce qui n’était jamais vrai. Maintenant, on dit que le parti n’a plus de tête, ni de dirigeant en chef… Non, le parti, vu la faiblesse de ses concurrents, trouvera les moyens qui nous permettront de rester le premier parti du pays. Ce qui ne sert pas à grand-chose, car lors des deux dernières élections, nous étions le premier parti et de loin, mais les autres ont décidé de nous retenir prisonniers sur les bancs de l’opposition. C’est un peu triste, mais c’est comme ça».

Face à la crise du Covid-19, Jean-Claude Juncker «n’a pas l’arrogance de commenter l’action du gouvernement luxembourgeois». «Je ne critique jamais mes prédécesseurs et mes successeurs», ajoute-t-il, «Il essaie de répondre présent et il fait des erreurs d’appréciation, mais en cela, il ressemble aux gouvernements des pays voisins. Dans le feu et dans l’action, il essaie de bien faire».

Vers une Union européenne fiscale ?

Après LuxLeaks en 2014, le Luxembourg a encore été pointé du doigt début février 2021. L'enquête «OpenLux», menée par 17 médias, s'est présentée comme une «radiographie d'un paradis fiscal». «C’est un peu de notre faute», a avoué l’ancien Premier ministre sur les ondes de L’essentiel Radio. «Et de notre responsabilité. J’ai été ministre des Finances et tous ceux qui étaient avec moi dans le bateau gouvernemental savent, précisément et exactement, que je me suis toujours inscrit contre cette facilité que les banquiers luxembourgeois pensent pouvoir mettre en application. S’enrichir sur le dos et dans le dos des pays voisins, ça n’a jamais été ma tasse de café».

«Quand je suis arrivé à Bruxelles après avoir avancé la fin du secret bancaire au Luxembourg, sans savoir que je deviendrais président de la Commission», souligne-t-il, «et après avoir plaidé au Parlement européen, dans mes différents discours, l’idée d’harmoniser la fiscalité des entreprises, j’ai lancé, avec le commissaire français, Pierre Moscovici, 24 directives en matière d’harmonisation fiscale. Oui je crois que nous devons imposer des minima fiscaux aux géants de l’Internet. Nous devons nous mettre d’accord sur l’assiette commune régissant l’imposition des sociétés. Oui, oui, je crois que tout cela doit être fait».

Monica Semedo ne doit pas être traînée dans la boue

Que pense Jean-Claude Juncker de l’affaire Monica Semedo, députée européenne luxembourgeoise suspendue de ses fonctions dix jours pour harcèlement moral? «Je n’ai pas trop compris», reconnaît l’ancien président de la Commission. «Je la connais bien et je l’ai connue, enfant, parce qu’elle avait chanté pour le 75e anniversaire de mon beau-père, qui aimait bien cette jeune enfant, outrageusement douée pour la chanson».

«Je ne sais pas ce qu’on lui reproche», poursuit Jean-Claude Juncker,« car, à ce qu’il paraît, les travaux la concernant au Parlement européen sont restés secrets, donc je ne peux pas me prononcer sur le fond des choses. Mais je voudrais tout de même nous recommander en tant que collectivité nationale, de ne pas marcher sur quelqu'un qui est dans la boue. Elle ne mérite pas d’être traitée comme ça et je n’apprécie pas du tout les remarques racistes qui la frappent. C’est nul».

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

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