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L'Andra pourrait entamer des procédures d'expropriation afin de maîtriser la totalité du terrain nécessaire à la construction de son «Centre industriel de stockage géologique» (Cigéo). (photo: AFP/Jean-christophe Verhaegen)

09 octobre 2020 10:49

Nucléaire en Lorraine

Une expropriation des paysans se précise à Bure

BURE - L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs a sollicité une «déclaration d'utilité publique» pour le projet d'enfouissement de déchets nucléaires.

Pour les paysans, c'est la douche froide : depuis que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a sollicité une «déclaration d'utilité publique» (DUP) pour le projet d'enfouissement de déchets nucléaires hautement radioactifs à Bure, la menace d'une expropriation se précise. Gérard Antoine ne décolère pas. C'est dans le journal que cet agriculteur de 62 ans, maire depuis 1995 de Bure, petit village de la Meuse de 80 habitants, a découvert la manœuvre de l'Andra. L'agence a annoncé en septembre avoir déposé, début août, un dossier pour que son projet d'enfouir sur place des milliers de mètres cubes de déchets nucléaires soit reconnu d'«utilité publique». Si c'était le cas, l'Andra pourrait entamer des procédures d'expropriation afin de maîtriser la totalité du terrain nécessaire à la construction de son «Centre industriel de stockage géologique» (Cigéo).

«Demain, s'il leur manque une parcelle au milieu, ils vont imposer aux paysans de dégager, et puis terminé», s'énerve Gérard Antoine. «C'est sûr que la DUP permet ça», concède un porte-parole de l'Andra. «Mais depuis toujours, nous privilégions les achats à l'amiable. Les expropriations, c'est en dernier recours». Pour le maire, la demande de DUP est emblématique de la dégradation des relations entre les élus locaux et l'Andra, qui a implanté son laboratoire de recherche en 2000 à Bure pour étudier la faisabilité d'un stockage en profondeur des déchets radioactifs.

«Il est à Paris, caché dans ses bureaux»

«Je n'ai jamais vu (l'actuel) directeur de l'Andra à la mairie. Il est à Paris, caché dans ses bureaux. L'ancienne, elle, venait tous les 15 jours», s'indigne Gérard Antoine. «J'avais entendu les anciens dirigeants dire: "On ne fera jamais de DUP". Et là, on nous annonce ça, en plein Covid, il n'y a même pas eu de réunion, rien !» Alors que le laboratoire continue d'étendre ses galeries à 490 mètres sous terre, M. Antoine estime être mis devant le fait accompli. En 1997, «on avait voté oui pour un laboratoire, mais le site s'est transformé». Dans les années qui viennent, ce qui était un centre de recherche géologique pourrait devenir le centre national de stockage des déchets radioactifs. «Pour ça, on ne nous a pas demandé notre avis», peste l'élu. «Aujourd'hui, si on interrogeait le conseil municipal, on voterait tous contre. On nous a roulés dans la farine».

Alors, il prévient: il ne se laissera pas faire. Certes, l'Andra maîtrise déjà près de 2.700 hectares de forêts et de terres agricoles, soit près de deux fois la superficie de Nancy, à Bure et sur une soixantaine de communes alentour. Mais dans le périmètre de son projet, qui couvre 700 hectares, il lui manque encore certaines parcelles. La mairie de Bure est ainsi propriétaire de 4 kilomètres de chemins, utilisés par les promeneurs et les cyclistes, qui intéressent l'Andra. L'agence a déjà fait des propositions de rachat au maire, qui les a refusées. «Je crains que ça se termine en expropriation, mais on va voir avec notre avocat», souffle l'élu. Pour éviter cette issue, il concède ne pas être complètement opposé à «un échange» contre une parcelle située «pas loin du village».

(L'essentiel/afp)

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