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À la frontière entre France et Italie, l’immigration clandestine a changé de visage. (photo: AFP (archives))

20 février 2021 11:40

France/Italie

Ils viennent en aide aux migrants épuisés

À Montgenèvre, station de ski française située à la frontière de l’Italie, des bénévoles participent à des maraudes médicalisées pour porter assistance à des migrants, souvent épuisés.

Dans la station de ski désertée de Montgenèvre, dans les Alpes françaises, policiers et militants associatifs patrouillent à la recherche de migrants épuisés qui tentent de déjouer les contrôles. Une immigration qui change de visage, l’Asie remplaçant l’Afrique, les familles les hommes seuls.

Dans cette ville devenue ces dernières années l’un des principaux points de passage entre l’Italie et la France, une vingtaine de bénévoles participent régulièrement à des maraudes médicalisées pour porter assistance à des migrants en proie à l’extrême fatigue, au froid et à la faim, indique le Dr Philippe de Botton, président de Médecins du Monde, présent depuis près de deux ans dans la commune.

Tentatives de la Croix-Rouge

«Plus les forces de l’ordre sont présentes, plus les obstacles sont dressés, plus les personnes exilées prendront des risques pour les contourner», regrette Michel Rousseau, coprésident de l’association Tous Migrants. Trois jeunes migrants sont morts dans le département des Hautes-Alpes en 2018 et 2019, peu après avoir franchi la frontière. Franco Capra, maire du village italien frontalier de Clavière, note toutefois qu'»il y avait beaucoup plus de personnes qui cherchaient à passer la frontière fin décembre que maintenant».

«La Croix-Rouge cherche à convaincre les familles de ne pas franchir la frontière et les accompagne à Oulx [à 15 km de Montgenèvre] où elles peuvent être accueillies dans un refuge mais certaines tentent leur chance», poursuit-il. Parti pour échapper aux combats, Feeruz, un Afghan de 38 ans, est lui parvenu jusqu’à Briançon, à une dizaine de kilomètres de Montgenèvre, côté français. «Je pense aller vers Marseille ou en Angleterre», témoigne-t-il.

Afghans et Iraniens

Depuis l’ouverture du Refuge solidaire de Briançon en 2017, 11’500 personnes y ont été accueillies. On y propose notamment un hébergement d’urgence et de premiers soins. Pour les migrants, c’est l’opportunité de faire une pause après un périple jonché de nombreuses épreuves. «Les gens nous témoignent des brutalités et des vols qu’ils ont subis (lors de leur transit via la) Croatie», explique notamment Marie-Danielle, 71 ans, bénévole au Refuge. Ces derniers mois, les patrouilles de Médecins du Monde ont constaté une baisse des arrivées, mais aussi une modification du profil des migrants: ce sont désormais des familles entières et non des hommes seuls qui tentent de traverser la frontière.

Et de plus en plus d’Asiatiques tentent l’aventure, alors qu’auparavant les arrivées concernaient principalement des Subsahariens. L’an dernier, 354 Afghans (+2.000% par rapport en 2019) et 150 Iraniens (+650%) ont fait l’objet d’une procédure de non-admission, selon les chiffres de la préfecture.«Depuis janvier, nous voyons beaucoup d’Afghans et d’Iraniens, confirme Alain Mouchet, un des administrateurs du Refuge solidaire. Mais même si le nombre de migrants semble en recul – les refus d’entrées sur le territoire national ont baissé de 60% depuis le pic de 2018 – les forces de l’ordre ne baissent pas la garde.

Humanitaires et policiers sous pression

M. Rousseau, de l’association Tous Migrants, dénonce «des techniques d’intimidation» des forces de l’ordre comme «la filature des véhicules, les contrôles multiples, les amendes abusives» à l’encontre des militants de son association. «Les policiers sont conscients que les migrants ne sont pas des délinquants», mais une soixantaine d’agents doivent faire face à la pression exercée par «la présence quotidienne de militants de tous bords», se défend Vincent Guillermin, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police nationale. L’eurodéputé (EELV) Damien Carême dénonce lui la «pression exercée par les forces de l’ordre», qu’il attribue au «gouvernement qui veut glaner des voix à l’extrême droite».

30 000 euros d’amende

«En 2020, mon parquet n’a été saisi d’aucune plainte à l’encontre de policiers ou de gendarmes pour des faits de violence policière ou pour toute autre infraction», répond le procureur de la République de Gap, Florent Crouhy, dont «la priorité absolue, c’est de lutter contre les personnes qui font rentrer illégalement les étrangers en France pas contre celles qui les accueillent en France».

Soupçonnés d’avoir aidé des migrants à passer la frontière, deux maraudeurs âgés de 28 et 31 ans, seront jugés le 22 avril à Gap, chef-lieu des Hautes-Alpes. L’aide à l’entrée d’un étranger en situation irrégulière reste passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d’amende.

L’an dernier, 78 passeurs ont été interpellés dans les Hautes-Alpes, contre 30 en 2019, 31 en 2018, 34 en 2017 et 6 en 2016. Depuis la loi asile et immigration de 2018, l’aide à la circulation n’est plus un délit si cette aide est réalisée dans un but exclusivement humanitaire, comme c’était déjà le cas pour l’aide au séjour depuis 2012.

(L'essentiel/AFPE)

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