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27 février 2021 11:08

Coronavirus en Inde

Ils croyaient au vaccin, c’était un essai clinique

Enthousiasmés par une offre qui leur proposait 750 roupies pour se faire vacciner, des Indiens en ont profité. Or, la moitié d’entre eux n’a reçu qu’un placebo, sans le savoir.

Dans un bidonville de Bhopal (centre de l’Inde), en plein mois de décembre. Une camionnette blanche sillonne les rues, distillant une excellente nouvelle via un haut-parleur: «Venez vous faire vacciner contre le coronavirus et recevez 750 roupies (ndlr: 8,44 euros)», annonçait une voix. Émerveillés par cette offre presque trop belle pour être vraie, plusieurs dizaines d’habitants se sont empressés de l’accepter: 750 roupies, c’est à peu près le double de ce que gagne un résident local après une journée de travail. Et beaucoup d’Indiens ont du mal à travailler en cette période de pandémie.

«Ils nous ont dit que c’était le vaccin contre le corona et que nous devrions l’obtenir pour ne pas tomber malade», explique à CNN Yashoda Bai Yadav, femme au foyer. Elle et son mari ont accepté cette offre, pensant se faire vacciner contre le Covid-19. Or, des militants locaux ont appris au couple que plusieurs personnes ayant accepté l’offre n’avaient en fait pas reçu le vaccin homologué. En réalité, elles avaient participé sans le savoir à un essai clinique pour le vaccin indien Covaxin.

«Oh, alors ce que j’ai reçu n’était pas un vaccin?»

Selon CNN, seule la moitié des participants à la phase 3 de l’essai de Covaxin ont reçu un vaccin. L’autre s’est fait injecter un placebo. «Oh, alors ce que j’ai reçu n’était pas un vaccin? Je ne savais pas qu’il y avait une possibilité de ne recevoir qu’une injection d’eau», a réagi Radha Aherwar, qui a appris la nouvelle en s’entretenant avec la chaîne américaine.

Comment expliquer un tel couac? Il semble que l’équipe médicale du People’s Hospital, qui dirigeait l’essai, n’ait pas été suffisamment claire dans ses explications à la population. Ce manquement, s’il est confirmé, violerait alors les règles indiennes en matière d’essais cliniques, qui exigent le consentement éclairé de tous les participants. Des questions se posent également quant à la qualité des données récoltées lors de cet essai. Rédacteur en chef de l’Indian Journal of Medical Ethics, Amra Jesani craint que ce cafouillage ne crée une méfiance de la population vis-à-vis du vaccin.

Les responsables nient toute faute

Bharat Biotech – qui sponsorise la phase 3 des essais cliniques du Covaxin –, le Conseil indien de recherche médicale (ICMR) et le People’s Hospital rejettent toute accusation de mauvaise gestion. Ils affirment que l’essai a respecté le protocole, les lignes directrices et les dispositions réglementaires, qu’ils s’attachent à produire des données de haute qualité et qu’ils ne feraient rien qui compromette la sécurité des patients. Ils affirment en outre que les participants ont donné leur consentement en connaissance de cause et nient que l’argent offert ait servi d’incitation.

L’organisme de réglementation des médicaments en Inde, le ministère de la Santé et le comité d’éthique qui supervise l’essai à Bhopal n’ont pas commenté ces allégations.

(L'essentiel/joc)

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