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11 juillet 2021 22:19

Euro 2020

Football’s coming home à Merl

LUXEMBOURG - Plein comme un œuf, le Bar national a viré au rythme de la finale de l’Euro, ce dimanche soir.

Fish and chips ou pizza? Bière tiède servie à ras bord ou Asti spumante? Pour sa grande dernière de gala à l’occasion de l’apothéose de l’Euro 2020, le cœur du Bar national oscillait ce dimanche soir sous le soleil couchant et un ciel de feu.L’établissement de Merl avait revêtu ses habits d’apparat en la circonstance, azzurri en majorité, mais aussi blanc ciselé de bleu et de rouge côté fans des Three Lions. «Nous faisons évidemment le plein pour la finale, avec 225 personnes» scrupuleusement filtrées à l’entrée, en fonction du registre des réservations, confirme le maître des lieux, Ture Hedberg, véritablement au four et au moulin pour que la soirée se déroule sans le moindre accroc. 225 supporters, auxquels s’ajoutent quelques dizaines de resquilleurs, massés dans l’antichambre du Bar national, entre l’avenue du X Septembre et la cour des nations...

20h30, ladite cour se remplit généreusement, les gobelets remplis de bière blonde et autres barquettes de frites parfument l’air ambiant, de plus en plus pesant. Le brouhaha devient insensiblement assourdissant, chacun n’attend plus qu’une seule chose: que les 22 gladiateurs investissent la pelouse sacrée de Wembley.

«C'est chouette de voir un match à l'extérieur»

Les trois potes Harry, Craig et Callum, résidents de la capitale, trépignent d’impatience et entonnent en chœur un «Sweet Caroline», histoire de se chauffer les cordes vocales...«L’écran est de très bonne qualité, et en plus c’est chouette de voir un match à l’extérieur», explique Callum, habitué des lieux pour y être déjà venu admirer les matches de l’Angleterre ces dernières semaines. Maillot «red» de Liverpool sur les épaules, Craig s’est pourtant insinué en... traître dans le trio. «Je suis Irlandais», avoue-t-il, «et il est évident que je soutiens l’Italie». Excité, Harry lance son analyse: «Je n’ai jamais connu ça. Nous attendons cela depuis tellement longtemps. La dernière finale avec l’Angleterre, c’était en... 1966. Or, j’ai... 19 ans!».

Si le jeune homme croit en une victoire «étriquée» des Three Lions, «après prolongations», il admet, lucide, que «si l’Angleterre est parvenue jusqu’en finale, c’est parce qu’elle a pu bénéficier de l’avantage de jouer presque tous ses matches à la maison». Et si les supporters neutres ont tendance à soutenir davantage la Squadra Azzurra après la qualification heureuse des hommes de Gareth Southgate face aux vaillants et sympathiques Danois en demi-finale, Callum n’en a cure. «No one likes us, but we don’t care». «Certes, nous sommes en minorité», constate Callum, «mais vous savez, parmi les Italiens ici au Luxembourg, il y en a beaucoup qui «s’assimilent» comme tels». 20h56, l’entrée des équipes galvanise les troupes. Applaudissements, sifflements et cris en tout genre les accompagnent depuis Luxembourg. Le rythme cardiaque s’accélère encore d’un cran au moment des hymnes. Un quarteron de tifosi, main sur le cœur, accompagnent vocalement leurs favoris. La minorité britannique est nettement moins expressive au moment du «God save the Queen». Mais tout aussi efficace. Chair de poule garantie. «The game of their lives», annonce Gary Lineker à la BBC...

«C'est très serré»

Chaude, l’atmosphère devient très rapidement torride: il faut en effet à peine plus d’une minute à Luke Shaw pour reprendre du pied gauche un centre parfait de Trippier et porter l’Angleterre aux commandes. Les Tifosi, médusés et scotchés sur leurs bancs, n’en croient pas leurs yeux, les British exultent. Chaque intervention arbitrale suscite une levée de réprobations et d’approbations dans le camp des tifosi, plus nombreux et définitivement plus expressifs. 21h50, mi-temps. L’avantage de l’Angleterre n’est nullement usurpé, même si Chiesa a eu l’égalisation au bout du pied à la 35e minute. «C’est mérité», appuie Duncan, «l’Italie est la meilleure équipe du tournoi, mais l’Angleterre est la meilleure équipe de la finale. Je suis content pour Luke Shaw: il réalise un grand Euro, il a déjà signé plusieurs assists, et là, il marque en finale. En fait, je suis surpris de la confiance qui habite les Three Lions, et de leur joie de jouer aussi. Mais attention, on risque de voir une toute autre 2e mi-temps.»

Harry lui emboîte le pas: «Notre avantage est mérité, mais c’est très serré, les Italiens n’ont pas dit leur dernier mot. Je crois que l’Italie a été frustrée d’encaisser si tôt dans le match.» Mais pour les deux, «Gareth Southgate est définitivement l’homme de la situation». «Il suffit de voir comment il a réagi lors du but de Shaw: tout en réserve, dans un style purement british. He’s so cool», ajoute Duncan, barbe blanche assortie à son maillot anglais.

22h05, le jeu reprend, les encouragements aussi, après une pause bibito-roborative bien méritée. Les minutes défilent, l’Angleterre reste devant. Harry, Callum, Duncan y croient de plus en plus. Histoire d’exorciser 55 ans d’infortune. Oui, plus que jamais, football’s coming home, ce dimanche 11 juillet 2021.

(Jean-François Colin / L'essentiel)

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